:: Début du procès
contre Gestoras – Askatasuna
Dans la lignée déjà
ouverte par les procès contre des organismes politiques et
sociaux qui avait conduit au jugement des organisations de jeunesse
Jarrai-Haika-Segi et au macro-procès 18/98, le 21 avril eut
lieu la première session de la mise en accusation de citoyens
et citoyennes basques qui participent au Mouvement Basque Pro Amnistie
sous l'accusation d'appartenance à organisation armée.
L'un après l'autre, les 27 activistes du mouvement de dénonciation
de la répression d'État et de solidarité avec
les victimes de cette violence, ont évoqué les motifs
de leur activité, ainsi que les contextes dans lesquels celle-ci
se développait: de la participation à des conférences
de presse et mobilisations pacifiques, à des dynamiques de
collecte de fonds pour faire face aux frais que génère
la politique de dispersion pour les prisonniers er leur familles,
en passant par l'interpellation et coopération avec d'autres
agents politiques ou sociaux, ou l'assisatnce juridique à
des citoyens et citoyennes basques. Ainsi, ils ont détaillé
les dynamiques dans lesquelles ils avaient participé pour
dénoncer la dispersion des prisonniers politiques et la répercussion
sur leurs familles, les piètres conditions de vie dans les
prisons, la torture, l'état de haute militarisation du Pays
basque (Euskal Herria), la guerre sale, la violence policière,
etc.
En outre, les accusés ont exposé leurs motivations
personnelles pour participer à ce mouvement: l'impact de
la répression sur leur propre personne ou sur des membres
de leur famille, ou la forte conscience pour des faits répressifs
de gravité exceptionnelle.
Ensuite, un par un, et après le constat de ce qui s'est produit
dans des procès antérieurs similaires, ils ont considéré
que « la sentence était rédigée »,
que « le procès était une simple mise en scène
d'une condamnation préalablement décidée »,
ou que simplement c'était « une farce » suivant
les paroles de certains. Pour cela, et devant l'expérience
de procès antérieurs, constatant le manque de garanties
de procédure pour mener un procès en termes juridiques,
les accusés ont renoncé à l'exercice de la
défense judiciaire. Dans un texte, signé par tous
les accusés et transmis à l'opinion publique, ils
ont expliqué qu'ils n'étaient pas disposés
à opter pour « la défense des droits civiques
et politiques qui nous assistent, parce que précisément
ces droits ne peuvent être négociables ni judiciarisés.
Nous ne reconnaissons au dit tribunal d'exception aucune légitimité
pour cela ».
Leurs défenses ont expliqué au tribunal qu'elles rejetaient
ainsi la comparution des 250 témoins proposés, en
n'en maintenant qu'une douzaine, tous victimes directes ou membres
de familles victimes de la violence de l'état.
Suite aux déclarations, la présidente du tribunal,
Terasa Palacios, a pris la parole pour répondre à
la dénonciation politique du procès et l'impartialité
du tribunal, considérant que « selon ce qui a été
dit, on ne juge pas l'Audiencia Nacional. Nous en jugeons pas des
idéologies, mais des activités délictueuses
». Cependant les jours suivants, et avec la participation
de témoins proposés par les accusations, il a été
vérifié l'inexistence d'actes délictueux, d'accusations
concrètes et précises et de conduites individualisées
envers les accusés.
Simplement une nébuleuse, sous l'interprétation expansive
et exacerbée des délits de terrorisme, ligne dans
laquelle ce tribunal marque son action.
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:: L’AED demande l’abrogation de
l’Audience Nationale
L’association d’Avocats
européens démocrates (AED), lors de la réunion
de son secrétariat du 19 avril, a élaboré une
déclaration par laquelle elle montrait sa préoccupation
concernant l’activité de l’Audience Nationale,
vue sa trajectoire ces dernières années, et spécialement
lors du procès en train de se dérouler contre le Mouvement
pro-ammistie.
Le président de l’association,
Gilberto Pagani, dans une conférence de presse tenue au
barreau de Biscaye, et accompagné d’une trentaine
d’avocats membres d’Eskubideak (association d’avocats
basques membre de l’AED), a dénoncé l’action
de l’Audience Nationale. Le juriste italien a signalé
que l’AED a montré de façon répétitive
« depuis quelques années sa préoccupation
devant les procédures réalisées par l’Audience
Nationale, entre autres, celles du dossier 18/98, concernant l’application
des lois d’exception qui vident de leur contenu les principes
universels du droit, des garanties et droits fondamentaux de la
personne arrêtée et inculpée ».
L’association d’Avocats européens
démocrates explique que, parmi les 27 citoyens basques
jugés, se trouve l’avocat Julen Arzuaga et elle dénonce
«l’attaque au droit de la défense et au secret
professionnel» qui a eu lieu pendant la procédure
d’instruction du dossier. En ce sens, Maître Pagani
a énuméré une série de procédures
irrégulières telles que « l’entrée
dans les cabinets professionnels et leur perquisition sans que
soient garantis le secret professionnel et la confidentialité
des communications entre l’avocat et leurs clients, le retard
inconsidéré pris par le procès et l’abus
des mesures conservatoires, telles que la prison préventive
allant jusqu’à quatre ans et la suspension judiciaire
de l’activité de ces associations », en faisant
référence à Gestoras pro-ammistie et Askatasuna.
Face à cette situation, il a demandé
« l'abrogation des tribunaux d’exception tels que
l’Audience Nationale ».
L'association Avocats Européens
Démocrates (AED) a pris connaissance de l'ouverture du
procès (affaire 33/01) des associations basques Gestoras
pro Amnistia et Askatasuna, associations ayant pour but de dénoncer
les violations des droits de l’homme et de travailler en
solidarité avec les personnes détenues et celles
qui sont victimes de ces violations. L'avocat Julen Arzuaga, représentant
d'Eskubideak dans notre association, figure parmi le 27 personnes
inculpées dans cette procédure.
L'AED a exprimé à plusieurs reprises
au cours des dernières années sa préoccupation
concernant les procédures pénales suivies devant
l'Audiencia Nacional, comme l’affaire 18/98, l'application
d'une série de lois d'exception qui vident de contenu des
principes universels du droit ainsi que les garanties de base
et les droits fondamentaux de la personne détenue ou inculpée.
L'interprétation extensive du délit de terrorisme
et l'application de ces lois d'exception ont entraîné
la violation des droits fondamentaux, du droit à la défense
et de la présomption d'innocence.
Dans ce contexte, l'AED est obligée
de manifester son inquiétude pour les conditions dans lesquelles
a eu lieu l'instruction du dossier. Comme, par exemple, les perquisitions
de cabinets d'avocats sans les garanties du respect du secret
professionnel et de la confidentialité de la communication
entre l'avocat et ses clients, le retard injustifié de
la procédure, l'abus des mesures préventives comme
la prison préventive jusqu'à sa durée maximale
de quatre ans, ainsi que la suspension légale des activités
des associations.
Pour ces raisons, l'AED :
- dénonce la violation du droit à
la défense et du secret professionnel.
- exige l'abrogation des tribunaux d'exception
tels que l'Audiencia Nacional.
- refuse la criminalisation de l'exercice du
droit à la défense avec l'objectif de le limiter.
- rejette l'extension arbitraire et inadmissible
du concept de terrorisme allant jusqu'à porter atteinte
à des activités publiques et démocratiques
qui font partie du droit à la liberté d'expression
et du droit à un libre engagement politique et social.
L'AED suivra de près l’affaire
33/01 et, si nécessaire, dénoncera et rendra publiques
les violations qui pourraient se produire en relation au droit
à un procès équitable accompagné du
libre exercice des droits de la défense.
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:: Prison à vie : la police espagnole arrête Fernando
Etxegarai
Fernando Etxegaria a été
arrêté en avril 1987. Après 21 ans de prison,
il a retrouvé la liberté début janvier 2008.
Le 4 janvier 2008, la compagne de Fernando avait demandé
l’Habeas Corpus et la défense avait fait une demande
de liberté à l’Audience Nationale puisque
la peine était purgée à cette date-là.
Ce même jour, la première section de l’Audience
Nationale, après lecture de ces deux écrits, émettait
la décision du 4 janvier 2008 par laquelle Fernando Etxegarai
retrouvait la liberté puisqu'ayant purgé sa peine.
Trois mois après, le 4 mars, la première
section de l’Audience Nationale émet un mandat d’arrêt
contre Fernando Etxegarai, car elle décide que la peine
doit être allongée jusqu’à sa période
maximale, c’est-à-dire 25 ans. Par cette décision,
le tribunal refuse d’appliquer les réductions de
peine (remises de peine obtenues pour travail, études,
etc.) que Fernando avait accumulées en conformité
avec le code pénal de 1995, sous lequel il avait été
jugé et condamné. Cette interprétation de
ne pas accepter les réductions de peine est connue comme
« doctrine Parot » et elle consiste à nier
la validité, avec caractère rétroactif, des
réductions de peine que les détenus comptabilisaient
avant 1995, en application de la législation de l’époque.
La justification pour un tel changement a été
que les juges qui avaient pris la décision de libérer
Fernando Etxegarai constituaient « un tribunal d’office
qui remplaçait le tribunal pendant ses vacances ».
Cette justification n’a aucune valeur procédurale,
puisqu’elle nous mènerait à l’absurdité
de ne pas prendre pour des décisions fermes les décisions
prises par des substituts pendant les périodes de vacances
des titulaires. En réalité, le changement d’opinion
de l’Audience Nationale est dû à une correction
extra iuris prise en dehors du délai d’appel d’une
décision ferme. La première décision de l’Audience
Nationale était en faveur du prisonnier basque et cela
l’État ne voulait pas l’accepter.
Le cas d’Etxegarai est entièrement
nouveau, puisqu'aussi bien, cette nouvelle interprétation
du code pénal en ce qui concerne les réductions
de peine, a déjà été appliquée
à une trentaine de prisonniers politiques basques, mais
c’est la première fois que l’Audience Nationale
décide d’imposer l’accomplissement entier de
la peine à une personne se trouvant déjà
en liberté parce qu’ayant purgé sa peine,
selon l'Audience Nationale elle-même.
Un mandat d’arrêt a été
émis par l’Audience Nationale. Le 6 mai, Fernando
Etxegarai a été arrêté chez lui, à
Plentzia, pour purger encore quatre années, jusqu’aux
25 ans de peine. Etxegarai, dans une interview, a déclaré
qu’il avait « peur » de retourner à la
prison et qu’il ne savait pas s’il pourrait supporter
ces quatre ans de plus. Il a dit: « Ils veulent nous condamner
à mort ».
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Loi de Parti Politiques. Conséquences:
:: Après l’échec de la motion de censure,
Garzón met en prison la maire d’Arrasate
Après l’attentat de
l’ETA, pendant la période électorale, contre
le militant du PSOE Isaías Carrasco, a eu lieu un séisme
politique dans la municipalité d’Arrasate-Mondragón.
Quelques semaines après l’attentat, le PSOE et le
PNB ont présenté une motion de censure devant le
conseil municipal pour réclamer la démission de
la maire d’ANB, Ino Galparsoro. Si la motion contre la maire
ne passait pas, alors ils en présenteraient une autre par
laquelle le conseil municipal passerait aux mains d'une autre
force politique, le PSOE, allant de cette façon contre
la volonté populaire exprimée lors des élections.
La première motion n’est pas passée à
cause de l’opposition des élus d’ANB, de ceux
d’EB-Zutik et d’Aralar, qui n’ont pas voulu
que la municipalité soit dirigée par une autre force
politique que celle qui était sortie victorieuse des urnes,
ce qui a provoqué un séisme politique dans l’État
espagnol. Six jours après l’échec de la motion
contre la maire d’Arrasate, le juge du tribunal d’exception,
Baltasar Garzón, a pris en main la situation en envoyant
la maire d’Arrasate en prison. Garzón l’accuse
de « collaboration avec organisation terroriste »
et « d’aller à l’encontre de la suspension
des activités d’ANB », de cette façon,
en retournant la loi, il se substitue à la volonté
populaire.
L’avocat de Galparsoro, Iñigo
Iruin, a manifesté son indignation devant l’incarcération
de sa cliente et a indiqué que cette décision «
ouvre la voie pénale pour les personnes élues d’ANB
». Il a critiqué l’improvisation de l’accusation,
ainsi que les perquisitions et inspections faites alors que la
maire d’Arrasate était déjà dans les
cachots de l’Audience Nationale. Il a expliqué que
quand Garzón, le 8 février, avait décidé
la suspension des activités d’ANB, il avait également
dit que les activités des personnes élues par ANB
ne pouvaient pas être attribuées à des activités
du parti suspendu. Maintenant, il change d’opinion puisque
dans l’ordre d’incarcération il est dit «
que parmi les actions individuelles de la maire, sont celles qu’elle
a réalisées en tant que représentante d’ANB
». Garzón dit « qu’elle ne peut pas travailler
en tant que représentante d’un parti dont les activités
sont suspendues » et que cela représente une «
volonté rebelle ».
Ino Garpalsoro, maire d’Arrasate,
se trouve à la prison de Soto del Real, à 400 km
de son village. À Arrasate, il y a eu une grève
générale totale pour protester contre l’incarcération
de leur maire, arrestation qui va à l’encontre de
la volonté populaire, exprimée lors la séance
municipale plénière. Cette protestation est arrivée
jusqu’aux murs de la prison de Soto del Real.
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:: La police basque (l’Ertzaintza) empêche
le déroulement d’une manifestation pacifique contre
la suspension des activités d' ANB et EHAK
Le 8 février, le juge de
l’Audience Nationale espagnole, Baltasar Garzón,
a décidé la suspension des activités d’ANB
et d’EHAK, sur la base que Batasuna « aurait pris
le contrôle » de ces deux partis et avec la claire
volonté de les empêcher de se présenter aux
élections du 9 mars. Pour protester contre cette décision,
des élus indépendantistes ont appelé à
manifester à Bilbao avec comme mot d'ordre « Pour
les droits du Pays basque, stop à l’état d’urgence
».
Le juge Baltasar Garzón, la veille de
la manifestation, a décidé son interdiction parce
que, selon lui, l’appel « provenait des deux partis
suspendus ».
Malgré l’interdiction, les élus
indépendantistes qui avaient lancé l’appel,
à titre personnel et dans l’exercice de leurs droits
politiques, informaient qu’ils maintenaient l’appel
à la marche.
Le département de l’intérieur
du gouvernement basque, en exécutant l’ordre d’interdiction
émis par le tribunal d’exception, a alors mis en
œuvre un important cordon policier de façon à
empêcher le déroulement de la marche, attaquant ainsi
le droit à manifester pacifiquement. La brigade anti-émeutes
de la police basque a chargé à plusieurs reprises
les milliers de manifestants qui s’étaient rassemblés
en solidarité à ANB et EHAK. Il y a eu plusieurs
personnes blessées.
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:: L'Audiencia Nacional ferme un local d'ANB
Des agents de la police nacionale
espagnole ont perquisitionné et fermé le 5 mai dernier
le local social d'ANB à Portugalete. Après trois
heures de perquisition les agents ont retiré le drapeau
du parti historique et ont enmené plusieurs caisses de
matériel, dans lequel il y avait, selon déclarait
à la presse le responsable du local, « de la propagande
relative aux prisonniers, des pamphlets politiques, des bidons
de peinture avec lesquels venait d'être refaite la décoration
du local, des papiers de ANB datant de plusieurs années
jusqu'à une ancienne affiche d'un débat sur le Train
à Grande Vitesse ».
Cet agissement est l'effet direct de l'acte de suspension d'activités
et fermeture des locaux de ANB que Balasar Garzón a décrété
le 8 février dernier.
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:: L'ombre de la torture: détention
de dix jeunes en Gipuzkoa
Début décembre 2007,
la Cour européenne des droits de l’homme analysera
les requêtes présentées par Herri Batasuna
et Batasuna, par Autodeterminaziorako Bilgunea (AuB), Herritarren
Zerrenda (HZ) et les plateformes municipales illégalisées
en application de la loi des partis. Ces requêtes ont été
présentées par la défense des partis indépendantistes
à la Cour de Strasbourg, une fois épuisée
la voie judiciaire espagnole. Les deux articles sur lesquels se
basent les requêtes sont l’article 10 (droit à
la liberté d’expression) et l’article 11 (droit
à la liberté de réunion et d’association)
de la Convention européenne des droits de l’homme.
La défense de l’État espagnol
a justifié la dissolution et l'interdiction des partis
indépendantistes en alléguant qu’ils «
constituaient une menace pour les droits de l’homme, pour
la démocratie et le pluralisme ». Il a pris pour
base la thèse du juge Baltazar Garzón qui dit que
« tout est ETA » et que « la création
de Batasuna et d’Herri Batasuna correspond à la stratégie
d’ETA de dédoubler ses axes d’activités
».
La Cour pour la sauvegarde des droits humains
décide que « face à l’ensemble des arguments
des deux parties, ces requêtes touchent des questions très
sérieuses de fait et de Droit qui ne peuvent se résoudre
à ce stade, c’est-à-dire qu’il faut
un examen plus approfondi.
Quant à cette première résolution,
les avocats des plaignants montrent une « prudente satisfaction
» et l’État pense qu’il n’y a aucun
problème puisqu’ils ont raison. Si on regarde les
statistiques, on constate que la Cour de Strasbourg n’accepte
que 1,5% des requêtes présentées et qu’elle
décide favorablement pour 80 % d’entre elles.
Maintenant s’ouvre une nouvelle
phase dans laquelle les deux parties pourront présenter
de nouveaux arguments. Tout ce procès sera très
long, mais il représente la possibilité de retablir
les drois politiques fondamentaux en Pays basque.
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:: OPINION:
Los harapos de la justicia.
Julen Arzuaga, Observatoire des droits de l’homme
À la base de la fonction
du processus pénal, il y a- d’après ce qu’il
se dit- la réintégration et la récupération
des fils prodigues dans la société. Cependant, lorsque
ce principe disparaît- parce que les personnes jugées
n’ont jamais abandonné la société à
laquelle elles appartiennent, ou parce qu’il n’existe
aucun délit réel, ces personnes n’ont commis
aucun dommage à la société, elles ont simplement
exercé leurs droits politiques- le tribunal se trompe ;
il confond le citoyen qu’il prétend soumettre à
son autorité avec son ennemi. Les garanties, les principes
de droit, ainsi que les nomes réglementaires régulant
le système disparaissent. Tout cela dépasse le cadre
du simple processus judiciaire, obligeant injustement les personnes
à se présenter devant une institution qui n’administre
pas la justice, mais qui agit en termes de vengeance politique.
L’accusé, maintenant ennemi, doit prendre parti ;
il a la responsabilité de prendre position devant à
cette situation. S’il accepte les règles du jeu,
le processus est possible, et un dialogue s’instaure alors
entre l’accusé, qui s’explique, et le juge,
dont les valeurs sont respectées. Si au contraire, il n’accepte
pas les règles de ce jeu, alors l’appareil judiciaire
se désintègre, les valeurs du juge et son système
sont mis en doute. Le processus pénal devient un processus
de rupture. Les rôles s’inversent, et c’est
l’état qui doit rendre des comptes à la Justice,
cette fois avec majuscule.
Auparavant, adorée comme une idole, aujourd’hui conspuée
comme une malpropre la justice est ressentie comme injuste.
Voici le constat que nous pouvons faire à propos de la
justice d’exception qui est imposée par l’état
espagnol aux citoyens et citoyennes basques soumis à ces
processus pénaux en raison de leur activité politique,
sociale, culturelle…Nous avons suivi avec intérêt
les processus menés contre les mouvements Haika –
Segi et le fameux dossier 18/98, durant lesquels nous avons pu
remarquer l’énorme travail que la défense
a tenté de mettre en place malgré les mécanismes
réduits et détériorés par le tribunal
lui-même, afin de mener à bien la défense
des personnes mises en cause, et de leurs activités qui
se développent en toute transparence dans le domaine public.
La sentence du cas 18/98 n’a accepté aucune des objections,
questions ou protestations émises par la défense.
Tout son travail de présentation de témoins, d’experts
ou encore de rapport de défense a été balayé
d’un seul revers de la main.
Devant cette évidence, de nombreuses
organisations de défense des droits de l’homme, des
juristes ou encore des institutions nationales ou internationales
ont réagi, dénonçant le manque total d’indépendance
de l’Audience Nationale, exigeant sa fermeture immédiate,
ainsi que l’abrogation immédiate des lois exceptionnelles,
que celle-ci applique. Nous avons également vu, et nous
ne pouvons l’oublier, l’attitude des personnes accusées,
qui ont tenté de défendre leur travail politique
et social, dénonçant justement le manque d’impartialité
et d’indépendance de ce tribunal ; ils nous ont donné
une leçon d’intégrité et de dignité
que je veux saluer ici. Cette attitude et ces réactions
resteront longtemps gravées dans la mémoire de la
société basque.
À ce propos, les accusés dans le cas Gestoras pro
Amnistia- Askatasuna, nous avons voulu faire un pas de plus, face
au jugement auquel est soumise notre activité de dénonciation
de la répression, de solidarité avec ceux qui en
souffrent, et d’appel continu à l’établissement
de mécanismes de résolution du grave conflit basque.
De notre point de vue, et comme méthode de dénonciation
de la nature non démocratique du tribunal de l’Audience
Nationale, nous avons renoncé à exercer toute type
de défense juridique en son sein. Nous proposons une attitude
de désobéissance, de rupture des valeurs que représente
ce tribunal. Nous voulons faire valoir notre opposition passive
dans les formes juridiques, mais active dans son contenu politique
; nous voulons faire valoir que ce n’est pas illégal
de dénoncer la répression, sinon que la répression
elle-même est illégale.
Ainsi, notre attitude devant ces juges
qui pourront nous condamner mais pas nous juger est non seulement
une critique d’un vieil ordre caduc, et de sa justice en
lambeaux mais aussi un cri en faveur d’une nouvelle scène
politique qui est pleine d’espoir, de force qui annonce
irrésistiblement un changement qui doit se produire. Un
changement indispensable qui se lit en termes de restitution démocratique,
de reconnaissance des droits individuels et collectifs de base
et de reconnaissance et réparation pour les dommages subis
par les milliers d’opprimés politiques basques.
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